Qu’est-ce que le monomythe ?

Note à propos d’un chapitre du livre Pop Culture – Réflexions sur les industries du rêve et l’invention des identités – de Richard Mèmeteau (Zones, Éditions La Découverte).


Que Star Wars soit politique est une évidence : au-delà des courses-poursuites en X-Wings dans l’espace et des duels au sabrolaser, sa part la plus fascinante raconte le remplacement d’une République par un Empire, une chute orchestrée par le sénateur Palpatine qui manipule l’assemblée pour qu’elle lui vote les pleins pouvoirs. Philosophe au goût prononcé pour les Freak Studies, Richard Mèmeteau s’est attaqué à la saga conçue de George Lucas pour en étudier le message.

S’inspirant du concept de monomythe forgé par Joseph Campbell (Le Héros aux mille visages, 1949) et des réflexions du romancier et scénariste David Brin, le philosophe Richard Mèmeteau se penche donc sur la philosophie politique de Star Wars, telle qu’elle se dessine à travers les six films de la saga. Contre toute attente, le bilan qu’il dresse apparaît catastrophique. En voici la substance : les leaders politiques le sont par leur naissance, le droit de gouverner est hérité ; ces élites ont hérité d’un droit de gouverner arbitrairement, les citoyens ordinaires n’ont pas besoin d’être consultés, ces citoyens n’ont que le droit de choisir quelles élites congénitalement destinées à diriger ils doivent suivre ; peu importe les fautes que vous avez commises, si vous êtes suffisamment important, il vous suffira de vous repentir pour être pardonné ; les bonnes élites peuvent agir en ne se fiant qu’à leurs propres intuitions, sans preuves ni obligation de rendre des comptes, le secret et les mensonges n’ont pas besoin d’être justifiés ; pour être un guerrier de valeur, vous devez vous couper de tout lien social ou affectif qui fait par ailleurs de vous un individu et un citoyen à part entière ; éprouver des émotions risque de vous faire basculer du bien dans le mal. Last but not least, les traits majeurs qui permettent de distinguer le bien du mal est la beauté d’un personnage, ainsi que le thème musical qui l’accompagne.

S’appuyant toujours sur les travaux de Brin, Mèmeteau distingue dans cette éthique obscure les racines de ce qu’il nomme le mythe fasciste. Ce mythe part du principe que le peuple est faible et qu’il a besoin d’un homme fort pour le diriger : l’Élu (Anakin) ou le fils de l’Élu (Luke). Profitant d’une situation politique exceptionnelle, d’un état de sidération du peuple, tous les dictateurs de l’Histoire ont dit : “Donnez-nous le pouvoir temporairement.” Évidemment, ce système est voué à l’échec puisqu’une fois qu’on a le pouvoir, on le garde. Ce modèle coopté par les prêtres et par les rois, Brin en voit l’explication dans l’origine même du monomythe : les chansons que les bardes colportaient de cour en cour et dont le but avoué était de flatter l’orgueil des puissants en agitant sous leurs yeux la marotte de l’héroïsme féodal.


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